« La discipline du service militaire m’a fait beaucoup de bien, probablement à cause de mon adolescence privilégiée, coupée de la réalité. Durant cette période j’ai beaucoup dessiné. Les appelés portaient un uniforme identique et arboraient la même coupe de cheveux: les marqueurs sociaux disparaissaient tandis que la morphologie ressortait. Les officiers voulaient tous que je les«croque». J’obtempérais avec plaisir, voire avec jubilation: ceux devant qui je devais me mettre au garde-à-vous devaient à leur tour prendre la pose devant moi. Les rôles s’inversaient! Certains de mes camarades en étaient jaloux, alors, à eux aussi, je proposais mes talents de portraitiste… »
– Joël Person, entretien avec Callisto Mc Nulty, « Le dessin comme écriture » pour Et il n’est plus de place alors pour la peur, 2022

Service militaire, Fontainebleau
Service militaire, Fontainebleau, 1987, crayon sur papier, 15 x 24 cm
Focus sur
« Je me souviens que pendant mon service militaire, je dessinais tout le temps sur des carnets tout ce que je voyais. Il y avait un adjudant-chef que je méprisais qui voulu m’emmener chez lui pour que je lui fasse son portrait. Il nous mettait au garde à vous tous les matins, ses valeurs me semblaient bien loin des miennes… Mais pendant que je le dessinais, il s’est mis à me raconter sa vie, et c’est à ce moment-là que je l’ai vraiment rencontré. J’ai fait la connaissance d’un homme qui m’a profondément ému, un petit paysan pauvre des Pyrénées à l’humanité incroyable, qui m’a invité à dîner avec sa femme infirmière et leur enfant adopté.
Le dessin me permet d’entrer dans l’intimité des gens et de me faire changer d’avis sur mes a priori. »
– Joël Person


