portraits

« Au cours de ses années d’études aux Beaux-Arts de Paris, Person n’a cessé de dessiner des visages. À travers ces portraits se pose déjà la question de la tension intérieure et de la singularité des êtres. L’expérience du dessin chevalin — celle du débordement et de la submersion —, commence à se jouer à travers eux. D’emblée, l’art de Person comporte deux versants : une figuration rigoureuse et un jaillissement du sensible. Pour les portraits des années 1980, la pose est de rigueur, avec le risque de rigidité, de facticité qu’elle comporte. Dans L’Étudiant aux Beaux-Arts de 1985 ou L’Étudiant au cours du soir, on observe comme un point de rupture : le modèle se cabre et fuit dans un ailleurs. Ce seuil de fuite, Person parvient à le capter partout et nulle part : dans une contraction du front, une torsion de l’épaule ou une inclinaison du visage. La vie intense de ces portraits ne naît pas d’un style expressionniste, mais d’une tension anxieuse minutieusement traduite. Elle surgit de la confrontation de l’artiste à ce « soi de l’autre, cette soudaine prise de liberté et cette pure solitude qui surgissent quelque part entre la surface du corps et la tension du système nerveux. »

– Philippe Garnier, « Retour au monde sensible » pour Et il n’est plus de place alors pour la peur, 2022

L’Étudiant aux Beaux-Arts

L’Étudiant aux Beaux-Arts, 1985, fusain sur papier, 108 x 75 cm

Focus sur

« C’est l’un de mes portraits préférés. Ce garçon étudiait comme moi aux Beaux-Arts. Il louait une chambre de bonne dans mon immeuble et travaillait au Burger King pour payer ses études. Il m’impressionnait beaucoup : il avait une volonté extraordinaire. C’est pourquoi je l’ai dessiné. »

– Joël Person, entretien avec Callisto Mc Nulty, « Le dessin comme écriture » pour Et il n’est plus de place alors pour la peur, 2022