enfance

« J’ai toujours dessiné. Gaucher et dyslexique, je n’étais pas bon à l’école, l’apprentissage académique me terrorisait. Mais dès que je dessinais, les choses se remettaient à leur place, tout me devenait naturel. Au collège, nous avions un professeur de français qui avait l’habitude de lire des livres à haute voix, notamment Croc-Blanc de Jack London. Il me demandait de dessiner devant la classe ce que j’entendais. Je dessinais à la craie, au tableau, le déroulement du récit. »

– Joël Person, entretien avec Callisto Mc Nulty, « Le dessin comme écriture » pour Et il n’est plus de place alors pour la peur, 2022

L’Auberge de la Jamaïque

LAuberge de la Jamaïque, 1975, encre de Chine sur papier cartonné, d’après l’œuvre de Daphné du Maurier

Focus sur

« À treize ans, tu réalises une bande dessinée d’après le roman L’Auberge de la Jamaïque de Daphné du Maurier. Tous les grands thèmes de tes dessins sont déjà là…
C’est ma mère qui m’a offert ce roman, qui parle de l’expérience d’une jeune femme évoluant dans un milieu d’hommes à l’époque victorienne. Je trouve intéressant qu’elle m’ait offert ce livre féministe, critique de la société bourgeoise et du pouvoir religieux. Daphné du Maurier était une femme libre, connue pour ses relations bisexuelles. Ma mère était, au contraire, plutôt austère, élevée dans une famille catholique aisée, où l’unique vocation des femmes était de faire un bon mariage et de rester à leur place. Quand ma mère s’est mariée, elle a hérité de son père, qui était pilote dans le port de Shangai, d’une sculpture en terre cuite de la dynastie Tang, représentant un cheval. Enfant, dès que je m’en approchais, elle me menaçait : « Attention, si tu le touches, il va te mordre ! »
Le cheval est devenu un symbole très fort pour moi. Dans cette bande dessinée que j’ai réalisée à treize ans, il représente la peur et le désir, le masculin et le féminin. Ce roman m’a boulversé, je m’étais complètement identifié à l’héroïne, Mary Yellan. »

– Joël Person, entretien avec Callisto Mc Nulty, « Le dessin comme écriture » pour Et il n’est plus de place alors pour la peur, 2022