adolescence

« Un internat en pleine ébullition — nous sommes aux antipodes d’une salle de concert ou d’une baignade. Là encore cependant, il s’agit d’attraper un mouvement, ou plutôt deux, car non seulement le dessin s’effectue d’après des «captures d’écran» du film Zéro de conduitede Jean Vigo, tourné en 1933, mais ce qu’il représente est une scène de rébellion. Dans la série L’eau qui dort, destinée à illustrer un texte de Frédéric Pajak dans la revue L’Amourn°1, Joël Person mêle les adolescents révoltés de Jean Vigo à deux scènes de la manifestation des «gilets jaunes» de 2019.Rien ne peut advenir sans la hantise des souvenirs. Le mal-être adolescent, Joël Person l’a connu sous une forme exacerbée. À quatorze ans, souffrant de dyslexie depuis la petite enfance, il est placé pour quelques mois dans une école pour inadaptés au Vésinet. […] Au bout de quelques mois dans cet établissement, Person convainc ses parents de l’en sortir. Le souvenir de cette enfance ne cesse d’affleurer dans son œuvre. La tension qui habite les élèves en révolte de Zéro de conduite, leur mine de défi, la violence de leurs gestes — notamment dans le dessin du réfectoire — éclatent sous nos yeux. Ce sont de jeunes êtres dont le rythme propre ne peut pas être accueilli par l’institution. Ils ruent dans les brancards. Ils se frappent la tête contre les murs. Leur longue brimade ne peut mener qu’à l’explosion.»

– Philippe Garnier, « Retour au monde sensible » pour Et il n’est plus de place alors pour la peur, 2022

Série L’Eau qui dort

Série L’Eau qui dort, 2021, pierre noire sur papier, 34 x 28 cm

Focus sur

L’Eau qui dort
« Cette série est nourrie de mes propres souvenirs. Mes parents m’avaient placé un temps dans une école pour « inadaptés »… Le directeur était lui-même en situation de handicap, comme dans Zéro de conduite, le magnifique film de Jean Vigo. Pour évoquer cet épisode de mon enfance, j’ai juxtaposé deux moments du film : celui de la bataille d’oreillers dans le dortoir des garçons et l’image finale du film, qui montre les enfants s’enfuyant sur les toits de l’école. L’émancipation ! »

– Joël Person, entretien avec Callisto Mc Nulty, « Le dessin comme écriture » pour Et il n’est plus de place alors pour la peur, 2022